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Camps en France. Histoire d’une déportation : Gerhard Kuhn

Guillaume Ribot Camps en France. Histoire d'une déportation : Gerhard KuhnGuillaume Ribot
Camps en France. Histoire d’une déportation : Gerhard Kuhn
Grenoble, AFMD-38, 2008

Marécages… baraques… barbelés… Lieux de la perte d’identité… chemins de la perte de toute humanité des prisonniers entassés, bousculés, frappés… Camps de Gurs… de Rivesaltes… de Drancy… Gurs abandonné, Gurs recouvert… Rivesaltes vidé, Rivesaltes effacé… Drancy oublié, Drancy caché sous le rire des enfants d’aujourd’hui. Traces perdues ! Traces perdues ? Traces indélébiles pourtant pour qui veut les chercher dans toutes les friches, agricoles, industrielles, urbaines… Traces visibles pour qui veut restituer les mémoires et les identités perdues… Photos en noir, photos en blanc, pour sortir ce passé de la grisaille… Visions…
Le premier pari pris par Guillaume Ribot dans cet ouvrage est celui de convoquer le lecteur vers une mémoire négative, comme dans ce jeu d’attention où l’on demande à l’enfant de nommer les objets que l’on a retiré de son champ de vision. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un jeu, mais d’un enjeu, celui qui consiste à reconstruire l’histoire universelle en suivant une histoire singulière, celle d’un homme – Gerhard Kuhn. Son parcours nous est peu à peu dévoilé, comme celui d’un pion dans un mauvais jeu, le jeu du mal absolu, un pion poussé, jeté, au cœur même du maelström de l’extermination de masse de millions de pions de son espèce, en dehors de toute référence à un mythe fondateur de l’humanité, sans espoir ni utopie pour accrocher le moindre lambeau de tissu rayé ou de chair déchirée. Nous découvrons les traces de ce témoin de l’indicible, de ce porteur d’une parcelle de la mémoire collective, d’une parcelle de sa propre humanité que rien, jusqu’au bout, n’aura totalement effacée.
Car si nous sommes devenus aujourd’hui des analphabètes de la mémoire, c’est parce que l’oubli du passé nous a désappris à le lire ; nous ne reconnaissons plus ses mots, nous ne savons plus dire ses phrases. Nous avons besoin de ces explorateurs du passé qui, tels Guillaume Ribot, extraient cet alphabet de la gangue où il est enfoui.
Et c’est le deuxième pari de l’auteur, de nous dévoiler les traces qui se sont révélées à lui : par des rapprochements signifiants entre des documents d’archives et des photographies, il reconstitue dans cet ouvrage les fragments séchés d’une identité d’argile dans les lieux mêmes où elle s’est peu à peu brisée. Les vestiges, devenus archives vivantes, redessinent le parcours de ce Juif allemand et du même coup, sans excuse, sans faux semblant, interpellent notre mémoire universelle.
Guillaume Ribot nous oblige ainsi à focaliser nos regards sur ces choses cachées depuis la fin d’un monde révolu, de nous contraindre à fouiller dans l’humus de nos mémoires, pour nous aider à fonder un autre monde, celui où les pères ne cachent plus à leurs fils ce qu’ils ont vécu, les libérant par cet acte même des sources de toute violence.

André Dunak

Photographies de Guillaume Ribot
Préface de Denis Peschanski
Textes de Tal Bruttman

Prix : 30 €

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Fondation pour la mémoire de la déportation

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