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Hommage à Jean VION

Affichage de  en cours... « C’est à une bien triste épreuve, que Jean nous convie aujourd’hui.
Ce rassemblement tout particulier est, oh combien, empreint d’une réelle ferveur devant le chagrin qui nous étreint tous.
Permettez-moi, au nom des Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation de me faire le porte-parole de l’ensemble du Bureau National, mandaté par notre Présidente, Michèle Gabert, ne pouvant se joindre à nous pour cet ultime hommage à JEAN, notre Ami d’hier, de demain et pour toujours. Ancien membre du bureau National, comme trésorier adjoint, toujours présent et attentif.
Nous te pleurons tous, et nous nous inclinons devant tes cendres, le cœur rempli de tristesse.
Quelle mauvaise facétie que tu nous as faite, la veille de Noël, de partir sans crier gare. Le matin même à 9 h nous étions ensemble au téléphone, pour converser de problèmes d’intendance. Tu m’appelais de ton lit, d’où tu te plaignais, d’un point dans de dos et d’aigreurs d’estomac. Loin de moi l’idée que c’était la dernière fois que j’entendais le son de ta voix. Je suis doublement bouleversé de perdre un véritable ami et de ne pas avoir été réactif à ta santé chancelante.
Mais quel plus noble combat que tu as porté très haut, tout au long de ta vie, avec une abnégation sans égale pour la mémoire de la Déportation. Faut-il le rappeler ?
Fils de résistant, ton père, Auguste VlON, a été fusillé le 27 août 1944 à Aubigny en plaine (Côte d’Or) en lisière des bois de Cîteaux. Il venait de faire sauter la voie de chemin de fer Dijon-Strasbourg, sur laquelle le train qui emmenait sa chère femme en Allemagne devait passer.
Ta mère, Alphonsine VION née BOUFFIERE, qui faisait partie du groupe Porthos, réseau BUCKMASTER, fut déportée politique à Ravensbrück du 29 juillet 1944 et libérée le 6 août 1945.
Ces deux monstruosités pour l’enfant de 7 ans que tu étais à la libération, marquera à jamais ta vie durant, d’une façon indélébile. Plus que tout autre tu devins un passeur de mémoire infatigable comme peu peuvent s’en enorgueillir.
En retraite, plus libre de tes mouvements, tu n’eus de cesse d’apporter ton concours personnel à toutes les manifestations patriotiques et républicaines du département, et au-delà au camp de NATZWEILER-STRUTHOF en 2013, lors du Pèlerinage annuel ou en 2014, à DUN-LES-PLACES, village martyr du Morvan, cher à Raymonde Blandin, ton amie fraternelle.
Tu le fis comme porte-drapeau du département pour la FNDIRP, ou comme simple citoyen engagé, sur des valeurs humanistes et de gauche tout naturellement. C’est sans compter le nombre d ‘expositions que tu as su mettre en œuvre à travers tout le département. C’est inouï. Elles avaient pour thème la Résistance et la Déportation sous l’égide de la FNDIRP et de l’AFMD Délégation Territoriale de Saône-et-Loire.
C’était 200 kg de documents, de livres, d’affiches, d’appareils de projection, d’objets ayant un rapport avec cette période tragique, voire d’une tenue de déporté, et de tableaux de Camille Hasdenteufel, si chers à ton cœur, accrochés dans ta salle à manger. Tu les transbahutais dans ton véhicule placardé d’affichettes annonçant l’évènement. Quel immense travail, à toi tout seul. Avec le recul, a-t-on bien mesuré l’effort que ça représentait pour toi ? Nous te demandions beaucoup trop, vu ton âge, ta santé déclinante et une lassitude qui se faisait jour.
C’était ta raison d’être, d’exister au quotidien, pour conjurer la renaissance et la montée des fascismes ces dernières années dans presque tous les pays européens. Les élections, en attestent amplement, ainsi que les pogroms et exactions en Géorgie, Ukraine, Irak, Syrie, Turquie et j’en passe, les profanations en tous genres des lieux de sépultures et de cultes.
Ainsi que l’a si bien dit Roland Barthes :  » Croire qu’il n’y a jamais qu’un fascisme serait politiquement dangereux : ce serait affaiblir notre vigilance « .
Le « plus jamais ça  » serment de Mauthausen et de Buchenwald, en autre, 70 ans après la libération des camps de déportation, est d’une impérieuse exigence. C’est aussi le monde de tous les dangers dans lequel nous vivons aujourd’hui. Le racisme, la xénophobie, l’homophobie, l’antisémitisme, la peur de l’autre, le chômage et la précarité, ce mal vivre qui nous ronge et nous submerge ne font qu’attiser les peurs.
Jean, tu t’es fortement impliqué dans les collèges et lycées pour expliquer, convaincre, transmettre aux générations futures, le sens du témoignage qui était le tien. Tu accompagnais souvent les quelques déportés disponibles encore aptes à témoigner, comme Jean-Pierre TORTILLER ici présent, ainsi que les enseignants engagés dans ce noble combat.
Jean, tu représentais l’AFMD au comité départemental pour le concours National de la Résistance et de la Déportation, dont tu étais l’un des organisateurs éminents. Profondément Laïque et Républicain, tu étais un homme libre de tes pensées, épris de justice et de liberté. Un petit côté anarchiste dont tu ne récusais pas la philosophie. Ce qui est humain était le tien. Tu n’hésitais pas à rendre visite à tes amis dans la solitude, alités ou hospitalisés comme Gilbert BONIN en ce moment. Tel était Jean VION, figure emblématique des chagnotins. Une mémoire vivante pour l’histoire de sa ville.
En un mot tu fus, Jean, un homme véritable, aimant le contact des gens, d’une grande simplicité, d’une grande culture, et d’une richesse de cœur débordante. Je suis fier d’avoir été ton Ami, à mon sens, trop tardivement. Le temps nous a manqué pour échanger, partager ce que nous avions encore à nous dire. C’est dans ces cas-là que nous nous apercevons que nous ne sommes pas suffisamment à l’écoute de nos aînés. Ils ont tant à nous apprendre pour donner un sens à notre vie. Tu étais ce vrai référent.
Le temps des adieux est arrivé. Au nom de tous les tiens, de la grande famille de la Résistance et de la Déportation au sein de l’AFMD, permettez-moi d’affirmer que nous n’aurons de cesse à perpétuer ton image qui restera graver dans nos cœurs pour toujours.
Louis Aragon l’a ainsi exprimé dans l’un de ses poèmes : « Il n’y a pas d’amour heureux  » .

Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y a pas d’amour heureux
Mais c’est notre amour à tous deux
Ça pourrait être tout aussi, cet après-midi: nos amours à nous tous.

Adieu Jean, pars en paix, ton travail accompli comme nul autre pareil.  »

Yves Boudias
Président de l’A.F.M.D. 71

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