[6 juillet 1942 : le « convoi des 45 000 » – Un texte de Claudine Cardon-Hamet.]
Le transport parti de Compiègne le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz- Birkenau occupe une place particulière dans la déportation de répression. Il est l’un des trois transports de déportation de répression à avoir été dirigés sur Auschwitz-Birkenau, avec le convoi de femmes du 24 janvier 1943 et celui des hommes du 27 avril 1944. De plus, il est le premier convoi de déportation de répression à quitter Compiègne et le seul de l’année 1942.
On ignore le nombre exact de déportés, tous de sexe masculin, au départ de Compiègne car ni la liste de départ et ni celle d’arrivée n’ont été retrouvées. Les quelques rescapés ayant donné un chiffre précis parlent de 1175 hommes. En revanche, on connaît le nombre total des déportés (1170), enregistrés au camp d’Auschwitz le jour de leur arrivée, grâce à un document de la Résistance du camp indiquant les numéros d’immatriculation extrêmes des convois arrivés à Auschwitz pendant cette période. La reconstitution de la liste de départ a permis de retrouver 1160 noms et près de 750 matricules. Elle montre que le convoi a été composé par l’addition de quatre listes alphabétiques successives. Dans les deux premières (1110 hommes au total), on trouve essentiellement des communistes, auxquels sont mêlés quelques socialistes et radicaux – considérés, à tort ou à raison, comme ayant des sympathies communistes – et des personnes dénoncées par pure malveillance comme communistes. Tous ces non-communistes ne dépassent pas la dizaine. On relève aussi la présence d’une quinzaine de droit commun. La troisième liste est homogène : elle porte les noms de 50 à 56 juifs, arrêtés comme tels, ou identifiés comme juifs après leur arrestation. La dernière liste, très courte (moins de 10 noms) et incomplète, ne permet pas de préciser qui sont ces déportés. On peut évaluer à une soixantaine le nombre d’étrangers dans ce convoi : ce sont, pour la plupart, des Juifs réfugiés en France dans les années 30 ou des mineurs de Lorraine d’origine italienne ou polonaise.
Ces caractéristiques s’expliquent par les objectifs de cette déportation. Il s’agit d’un convoi de représailles formé, à l’origine, par l’administration militaire allemande afin de dissuader les dirigeants et les résistants communistes de poursuivre la guérilla urbaine, commencée en août 1941, sous la forme d’attentats contre des officiers et des troupes de l’armée d’occupation. Après avoir ordonné en août 1941 des exécutions massives d’otages, Hitler décide en 1942, d’y ajouter, la déportation de 500 communistes et Juifs pour chaque nouvel attentat. Ces mesures de représailles s’inscrivent dans la croisade hitlérienne contre « l’adversaire idéologique et racial du peuple germanique » : le « judéo-bolchevisme ». C’est ainsi que les deux premiers convois de la » solution finale » partent vers Auschwitz sous le prétexte de la politique de représailles.
Sur les 1170 hommes immatriculés, il ne reste, en mai 1945, que 119 survivants.


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