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Décès de Maurice Cling

Le Président Serge Wolikow, les membres du Conseil d’Administration et les personnels de la Fondation pour la mémoire de la Déportation ont la très grande tristesse de vous annoncer le décès de M. Maurice Cling, le 23 novembre 2020 à l’Institution Nationale des Invalides. Il était un ancien interné (Camp Drancy) et déporté (Camp Auschwitz).

Hommage à Maurice Cling de Serge Wolikow – Hôtel des Invalides:
Mesdames , Messieurs
En tant que Président de la Fondation pour la mémoire de la déportation, je suis très honoré
d’être ici pour vous parler de Maurice Cling mais c’est une lourde responsabilité car vous:
sa famille, vous ses amis: n’avez pas besoin que je rappelle ce que vous connaissez
intiment de lui… bien mieux que moi, même si je l’ai accompagné et côtoyé dans de
nombreuses activités. Il me revient ici d’évoquer le rôle social et historique que Maurice
Cling qui vient de nous quitter à joué dans notre histoire, car c’est son parcours, son
engagement et toutes ses actions qui l’ont conduit jusqu’à ses dernières années à
accompagner en particulier la Fondation pour la mémoire de la déportation à laquelle il a
contribué depuis le début .


Le parcours de Maurice Cling a croisé l’histoire de notre pays tout particulièrement à
travers ses moments les plus sombres. La politique de persécution antisémite du régime de
Vichy à la solde de l’occupant a alimenté de façon systématique la politique
d’extermination des populations juives qui avaient placé leur confiance dans la France. Il a
été de ce point de vue, tout à fait exemplaire dans ce qu’il a subi et qui recouvrait le sort de
milliers et de dizaines de milliers de juifs de France. Sa déportation à Auschwitz puis à
Dachau illustre tragiquement la montée des massacres opérés par les nazis dans la dernière
phase de la guerre. De retour en France, après avoir perdu sa famille massacrée par les
nazis, le jeune Maurice, bien qu’épuisé trouve le courage de reprendre ses études et de les
réussir d’une façon exemplaire. Devenu enseignant chercheur, professeur d’université en
langue et en socio linguistique, il manifeste à travers cet exemple également les possibilités
de la réussite par l’école républicaine dans notre pays. Pour autant Maurice Cling n’a
jamais ignoré l’engagement social et politique qui a accompagné toute sa vie. Alors que les
déportés de persécution se voyaient méconnaître, sinon refuser leurs droits à la fin des
années 40, il trouve très tôt soutien et appui auprès de l’amicale d’Auschwitz et de femmes
comme Marie Elisa Cohen à laquelle il succédera d’ailleurs au conseil d’administration de
la Fondation pour la mémoire de la déportation.


L’engagement social et politique de Maurice Cling est une donnée forte de sa
personnalité, pour qui démarche collective et solidaire et vie personnelle était inséparables.
Adhérent et militant communiste dès les années 1950, il est également syndicaliste au
syndicat de l’enseignement supérieur, le Snes sup et membre de la Fédération nationale des
déportés internés, résistants et patriotes, la FNDRIP dès les premiers temps. Il en deviendra
même président délégué. Ni son militantisme ni ses fidélités ne se démentent avec l’âge.
Les valeurs de solidarité et de partage dans une démarche de combat, il les exprimait
également dans son implication dans le Secours populaire aux actions duquel il n’hésitait
pas encore ces dernière année à participer.
Homme de savoir et de culture, Maurice Cling a mené et défendu de manière constante et
originale une grande action en faveur de la mémoire de la déportation. Il est entré au
Conseil d’administration de la Fondation pour la mémoire de la déportation le 10 mai 1993
au siège laissé vacant par Mme Élisa Cohen. Il n’a jamais manqué un conseil
d’administration avant 2018, et s’est investi tout à fait particulièrement dans une démarche
qui était à la fois novatrice et une démarche de savant et d’historien. Dans ce domaine il a
pris en charge la constitution de l’audiothèque de la Fondation, c’est à dire le recueil des
témoignages audio qui aujourd’hui représentent plusieurs centaines d’enregistrements
déposés aux archives nationales, numérisés et valorisés par des programmes organisés et
initiés par les Archives nationales, et notamment à but pédagogique en direction des jeunes
générations. Et aujourd’hui, un projet que dirige une équipe de recherche du CNRS, le
projet « Matrice » est en train d’exploiter, au bon sens du terme, tous ces témoignages.
Depuis, d’autres témoignages sont encore parvenus à la Fondation, portant maintenant la
collection à plus de 300 témoignages.
Maurice Cling, au sein de la Fondation pour la mémoire de la déportation, était connu pour
ses interventions où il développait toujours avec calme, conviction, et une pointe d’humour
qui ne le lâchait jamais, ses propos. Je l‘ai vérifié moi-même lorsque comme historien je
travaillais sur l’histoire des associations de déportés et notamment la manière dont il s’y
était impliqué . Il ne cessait jamais de rappeler, j’étais plus jeune que lui, pas beaucoup,
mais quand même, et donc, d’une façon un peu paternelle et professionnelle, il me disait
qu’il ne fallait jamais oublier de combiner les témoignages en les vérifiant, en les
recoupant. Cela bien sûr ne l’empêchait pas de raconter son expérience de jeunes déporté,
de faire part de son parcours, de sa survie, mais toujours avec une grande modestie, un
recul et toujours une distance non dénuée d’ironie. Resté fidèle à ses idéaux, cela ne l’a
jamais empêché d’accepter la contradiction, sachant écouter et ne refusant jamais la
discussion. Comme tous les déportés de la Fondation il a été toujours été extrêmement
présent dans les lycées et collèges pour dire ce qu’il avait vécu et discuter avec les jeunes.
Je sais qu’il s’est prêté aussi de façon tout à fait positive et constructive aux initiatives que
ses enfants ont mené auprès de lui pour le convaincre de participer aux différents films qui
heureusement racontent son parcours. Aujourd’hui il nous laisse un témoignage
irremplaçable. On ne compte pas non plus les déplacements qu’il a effectués en Allemagne
et en Pologne sur les lieux de mémoire ni ses interventions dans les media, même s’il n’était
pas très friand de cela ; mais il savait qu’il fallait en quelque sorte accepter et y aller. Mais
à chaque fois il ne cessait d’insister sur le rôle, à côté de la mémoire, ou en appui de la
mémoire, de la connaissance historique et la nécessité de l’esprit critique.
Aux Invalides en qualité de pensionnaire, il s’informait encore de nos activités et n’a cessé
avec sa famille et ses amis de demeurer jusqu’au bout attentif et inquiet de la marche du
monde.


Je voudrais, m’adressant à sa famille, vous dire combien au nom de la Fondation nous nous
joignons à sa peine mais aussi rappeler notre reconnaissance à Maurice Cling pour le
travail et le militantisme inlassables qu’il a déployés au service de l’histoire et de la
mémoire de la déportation.

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